Désinformation


« Les riverains sont trompés au sujet de l’impact visuel d’aussi grandes structures ». Alan MacDonald, membre du  Royal Institute of British Architects
 
Depuis que les pylônes d’éoliennes mitent le paysage de nombreux pays, il y a de moins en moins de personnes qui s’extasient sur la beauté d’un parc industriel d’aérogénérateurs.

Comment les rendre attractives alors que leur prolifération commence à faire jaser un peu partout ?  

C’est le tour de force que doivent réaliser les promoteurs lors de la  préparation de leurs projets au public. Sans un peu (beaucoup) de désinformation, la mission est tout simplement impossible.

Sachant que  « l’implantation d’un parc éolien a un impact profond et irréversible sur les communautés locales, changeant à la fois la vie quotidienne des personnes, et la structure des relations sociales », comme le souligne l’anthropologue Christine Hugh-Jones, ne serait-il pas souhaitable que toute la phase de soumission aux collectivités locales de ces projets puisse s’effectuer dans la transparence la plus totale ?

Photomontages bidons

Notons en préambule que la perception d’un parc industriel d’éoliennes n’est pas seulement affectée par la distance, mais aussi par les conditions de visibilité, l’angle de la lumière, le mouvement des pales et la présence éventuelle d’autres centrales dans les environs.

Tous ces paramètres sont rarement pris en compte, comme ils devraient l’être, dans les photomontages d’un projet déterminé.

Impact visuel trompeur

Alors que les promoteurs ont plutôt tendance à flouter les éoliennes de leurs photomontages, ceux qui sont contre ces projets les affichent dans toute leur splendeur. Finalement,  peu importe si elles apparaissent plus ou moins grandes sur les photomontages, seule la réalité compte.
Avant d’être mis devant le fait accompli, les futurs riverains disposent fort heureusement de mesures tangibles qui ne laissent place à aucune  spéculation : celles des aérogénérateurs déjà installés.

Un édifice de 200 mètres de haut n’existe tout simplement pas en Suisse. Si les projets de parcs industriels éoliens passent, il faudra pourtant s’y habituer. L’horizon sera désormais bouché par des structures s’observant à des dizaines de kilomètres à la ronde.

Rien ne remplace une visite sur un site d’éoliennes pour apprécier, non seulement leurs dimensions réelles, mais aussi leur impact sur le paysage. L’impact visuel est d’autant mieux mesuré lorsque le site éolien visité est entouré par d’autres centrales éoliennes. Une réalité environnante qui ne figure pas sur les photomontages des promoteurs.

Données techniques approximatives

À l’exemple des projets de Bel Coster, Sur Grati ou du Mollendruz, les promoteurs se gardent bien de faire référence à des parcs existants, en tous point similaires, que les personnes concernées pourraient visiter afin de se faire une idée plus précise de la dimension réelle d’une éolienne industrielle, ainsi que de l’impact visuel d’un parc éolien sur sa région d’implantation.

Le modèle des éoliennes prévues pour le site de Sur Grati n’est pas mentionné sur le site des promoteurs. Cependant un observateur attentif n’a aucune peine à déduire qu’elles seront similaires à celles qui ont été construites près du village du Peuchapatte dans les Franches-Montagnes.
Il s’agit d’éoliennes Enercon E-82. Le site du Peuchapatte en contient 3, celui de Sur Grati en aura 6 (9 étaient initialement prévues). Le Peuchapatte est en activité depuis 2010, il est géré par Alpiq et KohleNusbaumer SA.

Études tronquées et résultats inférieurs aux prévisions

La société KohleNusbaumer SA ne cesse de vanter le « fort » potentiel des vents jurassiens auprès des administrations publiques, qui ont sollicité ses services d’experts pour être au courant de la disponibilité du vent.

Non pas à hauteur du sol, car les chiffres sont connus depuis des lustres et sont loin d’affoler les anémomètres, mais à la hauteur des plus hauts mâts d’éoliennes existant actuellement (donc à partir de 100 m au-dessus du sol).

Sur la base d’études dont les résultats n’ont pas été rendus publics, les promoteurs du projet le parc industriel d’éoliennes de Sur Grati, en-dessus de Vallorbe, prétendent que les gisements venteux au-dessus des crêtes jurassiennes est très intéressant.
Ils prévoient ainsi un facteur de charge de 30% pour le parc de Sur Grati. Un chiffre très supérieur à la réalité actuelle de l’éolien onshore au niveau mondial.

Pour information, à ce jour seul l’éolien offshore dépasse les 30 % de facteur de charge.

Le site éolien en service du Peuchapatte dans les Franches-Montagnes, situé à 1151 mètres altitude (comme celui projeté à Sur Grati), a d’ailleurs un facteur de charge d’à peine 20 %.

Comble de l’ironie, les 3 éoliennes du coude du Rhône (Charrat, Vernayaz, Collonges), qui se trouvent 600 mètres plus bas obtiennent par contre un bien meilleur facteur de charge : 27 % en 2013 (production totale 2013 : 16'895'774 kWh / puissance installée : 61'320'000 kWh = 0,27 ou 27 %) que les éoliennes situées dans le Jura ou dans les Alpes.

L’éolienne du barrage de Gries, près du col du Nufenen à 2465 m (la plus haute d’Europe), confirme bien qu’il n’y a aucun rapport entre l’altitude et la disponibilité des vents. Selon « les spécialistes » elle devait avoir un facteur de charge de plus de 17 %. En 2014, l’éolienne de Gries, d’une puissance installée de 2300 kW, arrive à peine à 8 % de facteur de charge. Ce qui signifie qu’elle tourne à plein régime environ 30 jours par année. Un rendement nettement inférieur à l’éolien terrestre d’Allemagne (19 % de facteur de charge en 2012).

Lors de l’inauguration de l’éolienne de Gries la conseillère fédérale Doris Leuthard avait pourtant tenu des propos très optimistes devant les médias : « Le Canton de Valais fait un grand pas vers un avenir renouvelable. La Suisse est un pays de haute technologie et nous pouvons très bien nous positionner dans un environnement où les Ressources naturelles et l’énergie se raréfient. »

Pourquoi pas, mais il faudra visiblement trouver des sites avec un peu plus de vent, et surtout confier cette recherche à des scientifiques compétents et objectifs.

Risques éludés

En hiver, sur les hauteurs jurassiennes les conditions météorologiques sont souvent glaciales. Ce qui signifie que les pales des éoliennes doivent prévenir la formation de gel afin de garantir la sécurité des promeneurs se livrant à leurs passe-temps favoris.

Selon KohleNusbaumer SA : « Les éoliennes sont équipées de systèmes d’arrêt automatique en cas de formation de glace et de chauffages des pales. L’observation des éoliennes durant leurs trois ans d’exploitation montre que le système de chauffage empêche de manière très efficace la formation d’une couche de glace sur les pales. »

Plusieurs observations sur le site du Peuchapatte démentent, preuves à l’appui, ces affirmations fallacieuses. Des morceaux de glace sont régulièrement projetés des pales en mouvement. Avec les risques d’accidents que cela implique pour les promeneurs.

Sources:
Parcs Éoliens Suisses : Quelle Productivité ?
J-Bernard Jeanneret, ClubEnergie 2051 : http://geneve-energie.ch/pdf/tech-eolien-bj-oct2015.pdf
« Windfarm Visualisation - Perspective or Perception? » Alan Macdonald, RIBA
L’éolien en Valais: http://www.eolien-valais.ch/
KohleNusbaumer SA : Bilan-2013-du-Parc-eolien-du-Peuchapatte-depuis-son-inauguration-140423.pdf

Publié dans Eoliennes

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