Démagogie et manipulation

« Lutter contre la manipulation et ses effets passe d’abord par le développement, au titre d’une qualité à la fois humaine et citoyenne, de la capacité de chacun à décoder, à dévoiler les énoncés manipulatoires dont il peut être la cible. » Philippe Breton

C’est en raison de l’ignorance du public sur les tenants et aboutissants de l’énergie éolienne industrielle, et d’une manière plus générale sur les besoins en énergie électrique au niveau national, que les projets éoliens, qui ne résistent pourtant pas à une analyse sérieuse, passent la rampe du vote populaire.

Comme le disait Coluche : « C’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison. »
Si sur 100 personnes, 99 sont convaincues de la véracité d’une chose fausse, cela ne change rien au fait qu’une seule personne est dans le vrai. Dans l’intérêt de nos collectivités publiques, la logique voudrait que l’on prenne la peine d’écouter les arguments de cette personne et surtout que l’on réfute ses propos de manière rationnelle.

Or ce n’est pas le cas. La mauvaise foi caractéristique des défenseurs de l’énergie éolienne, même face à des scientifiques, qui étayent pourtant leurs affirmations par des faits difficilement contestables, a de quoi surprendre.

Faible rendement

Lorsqu’un scientifique avance, chiffres à l’appui, le faible rendement de l’énergie éolienne, on le taxe immédiatement de pro-nucléaire.
Pourtant, il s’est juste permis de constater que les millions de kWh produits par l’énergie éolienne ne représentent pas grand-chose face aux milliards de kilowattheures (kWh) (57,5 milliards en 2014) nécessaires à la consommation Suisse.
Les défenseurs de l’éolien terrestre industriel rétorquent que ce manque de rentabilité provient du fait que le parc éolien suisse est pour l’instant insignifiant, et qu’il faut donc installer beaucoup plus d’éoliennes pour faire ce genre de comparaison.

Le scientifique se livre alors à un calcul élémentaire : combien d’éoliennes pour se débarrasser du nucléaire ?
Le résultat est facile à établir, il suffit de diviser la production en électricité du parc éolien suisse par le nombre d’éoliennes et ensuite de diviser la production générée par le nucléaire par le rendement d’une éolienne.
La production totale de l’électricité d’origine nucléaire pour 2014 était de 26 370 GWh.
En 2014, la production d’électricité provenant du nucléaire représentait environ les 40 %  (chiffre exact : 37,9 %) de la consommation suisse en électricité.
Suisse-Eole  annonce une production annuelle 2014  de  101 GWh pour les 34  éoliennes du parc Suisse.

Combien faudrait-il d’éoliennes pour arriver à la production annuelle de toutes les centrales nucléaires ?
Réponse : 8 869 éoliennes

Que rétorquent les promoteurs de l’éolienne face à la présence envahissante qu’implique un tel nombre d’éoliennes ?
« Vous ne savez pas compter ! La preuve c’est qu’une fois vous avancez ces chiffres et d’autres fois, d’autres. »

Les promoteurs sont dans le déni total de la réalité grotesque qu’ils essaient d’imposer (un pays truffé de pylônes de 200 m de haut avec leurs pales), au point qu’ils ne veulent même pas reconnaître que les différents résultats de ces calculs proviennent des hypothèses de base changeantes (puissance et facteur de charge).

Cependant une constante demeure : il ne souffle pas en permanence au-dessus de nos têtes, contrairement à celles des promoteurs !

N’en déplaise aux promoteurs, le nombre d’éoliennes nécessaires à nous éclairer et à faire fonctionner tous les appareils des usagers est obligatoirement très très élevé. Il ne s’agit bien évidemment pas de faire juste de la décoration par ci par là.
Au contraire, il faut beaucoup de Sur Grati, de Bel Coster et de Mollendruz pour que cela rime à quelque chose.
Il est nécessaire de sacrifier beaucoup d’espaces verts et de zones de détente, que les gens utilisent ... pour recharger leur batterie !

Est-ce que cela a vraiment un sens ?

Facteur de charge

De plus, ce scientifique ose une simple comparaison avec le facteur de charge du nucléaire (plus de 90 % en Suisse en 2013) ou de l’hydraulique (plus de 80 % en Suisse en 2013) et se pose alors logiquement la question suivante:
Est-ce que les milliers d’éoliennes théoriquement nécessaires à se passer du nucléaire seront vraiment suffisantes pour assurer la demande en électricité (en temps réel) des usagers ?

L’énergie éolienne est intermittente. Bien que le taux de fonctionnement des éoliennes varie de 70% à 85%, leur facteur de charge reste au-dessous des 30 %. Ce qui signifie que l’électricité produite par l’énergie éolienne ne peut être injectée en continu dans le réseau.
Faut-il donc construire beaucoup plus d’éoliennes que celles déjà prévues pour répondre à la demande en temps réel des consommateurs?

Sur un petit territoire comme la Suisse les sources de vents ne sont pas complémentaires. C’est souvent le calme plat de Genève à Romanshorn, lors de nombreuses journées estivales et même hivernales, là où les pics de consommation se font sentir. D’autres problèmes se posent alors, dont le stockage éventuel de l’énergie produite, afin de faire face à la demande lorsque les éoliennes tournent au ralenti.

Ces questions dérangent les promoteurs. Ils vous répondront du tac au tac « c’est toujours ça de pris au nucléaire ». Le nucléaire est une telle fixation chez les promoteurs de l’énergie éolienne, que l’on se pose même la question s’ils ne veulent pas, compte tenu de leur implication directe dans l’énergie nucléaire (une autre réalité soigneusement occultée), démontrer l’inutilité de l’énergie éolienne. Afin de poursuivre, bien évidemment, avec le nucléaire !

Et l’hydraulique ?

Quoi qu’il en soit la démarche du scientifique semble logique. Le même calcul pourrait être effectué si les promoteurs de l’industrie éolienne avaient parlé de remplacer l’énergie hydraulique. Ce qu’ils se gardent bien de faire, puisque l’hydraulique, qui est aussi une énergie renouvelable, assurait quasiment la totalité de la production d’électricité en Suisse, avant l’arrivée des centrales nucléaires.
D’ailleurs les centrales hydrauliques continuent de fournir les 58% de l’énergie électrique suisse, des décennies après leur mise en service. Un parc de centrales hydrauliques optimisé, couplé avec une saine politique d’économie d’énergie afin de limiter les impacts environnementaux, seraient peut-être même suffisants pour assurer les besoins en électricité des consommateurs, sans aucun impact sur leur confort quotidien.

Le projet de Nant de Drance, profitant des structures existantes des barrages du Vieux-Émosson (construit dans les années 1950) et de celui d’Émosson (construit dans les années 1970), dont le démarrage est prévu en 2018, assurera une capacité de 900 MW, pour une production annuelle de 2 500 GWh, c’est-à-dire en kilowattheures (kWh) d’électricité (pour utiliser l’unité de mesure que les promoteurs de l’éolien industriel privilégient dans leurs communiqués de presse) : 2 499 999 999 (kWh).

L’essentiel des travaux de ce projet important est souterrain. La nuisance paysagère de Nant de Drance reste très limitée, et n’affecte pas le label touristique de cette région montagneuse.

Et le solaire ?

Il n’y a pas assez de soleil en Suisse ?
Pourtant le potentiel existe :
« Dans les Alpes suisses, le rayonnement solaire et donc aussi la production de courant sont supérieurs de près de 40 % à ceux du Plateau suisse et atteignent donc des valeurs équivalentes à celles du Sahara. » Daniel Rufer, Dr sc. techn. EPFZ, MBA

Emprise au sol

Si le scientifique insiste en abordant la question de l’emprise au sol de toutes ces éoliennes industrielles, par rapport à d’autres sources d’énergie renouvelables, comme l’hydraulique et le photovoltaïque, on lui rétorque que les éoliennes embellissent le paysage. Alors que le scientifique désire faire un calcul de superficie nécessaire, on lui répond par une considération esthétique « le territoire est mis en valeur ».

La loi de la majorité

Évidemment si l’interlocuteur n’est pas un scientifique, on prendra moins de pincettes à son égard et les litiges éventuels, provoqués par les récalcitrants, se termineront devant les tribunaux, où la « loi de la majorité » fera la différence.

Comme le souligne de manière très révélatrice Fabrice Colombani, dans son article pour le journal « La Terre de chez nous » en France voisine, la raison du plus grand nombre prévaut dans les régimes démocratiques. Tant pis pour les brebis galeuses!

«Ils avaient six mois pour déposer un recours quand le permis de construire a été signé, personne ne l’a fait. Je ne vois pas comment on pourrait stopper un projet de 44 millions d’euros surtout que toutes les réunions publiques se sont bien passées, même avec les écologistes, et que la commission d’enquête, la Diren, l’Ademe et tous les autres étaient d’accord à l’unanimité. » Robert Vernerey, maire de Vyt-lès Belvoir

Stigmatisation des opposants

Jean-Pierre Laurent, le promoteur éolien responsable de l’agence Eole-Res, ne mâche quant à lui pas ses mots au sujet des opposants au projet industriel d’éoliennes sur la chaîne du Lomont, situé à proximité du canton du Jura :
« Ce sont des ignares. Aled (association pour la défense du patrimoine naturel) c’est deux pelés et trois tondus qui n’y connaissent rien et concernant Allenbach (un opposant aux éoliennes industrielles), j’ai une très faible opinion de ce monsieur qui a des arguments populistes. »
Comme le souligne ce promoteur : « La discussion est close. »

Le projet d’Eole-Res, l’un des leaders sur le marché français de l’éolien, s’est non seulement concrétisé par 15 éoliennes Vestas dans les vertes contrées de la chaîne du Lomont, à la limite du Haut-Doubs en France, mais un projet d’extension conséquent est prévu dans un proche avenir.

Repowering

Le repowering et l’extension des parcs représentent la face cachée de l’éolien industriel dont les résultats sont si médiocres. En d’autres termes, il faut détruire les anciens modèles et en installer des beaucoup plus performants. Avec des pylones beaucoup plus hauts, nécessitant donc plus d'espace latéral pour que les pales puissent tourner.

Tous les permis de construire ayant été obtenus, 72 éoliennes occuperont bientôt les crêtes du Lomont, faisant de ce site le plus grand parc éolien français.
« Un projet industriel géant, l’un des plus conséquents que connaisse actuellement la Franche-Comté. » Philippe Sauter, L’Est Républicain 

L’avancement des travaux est parfaitement visible depuis les points culminants des Franches-Montagnes ainsi que du haut du Chasseral. La chaîne du Lomont s’observe même depuis les Alpes bernoises !

Désinformation systématique

« Au 31 décembre 2013, la France avait 1196 éoliennes raccordées au réseau électrique pour une capacité de 8000 MW (8 GW). La production éolienne s’élevait à 15,2 TWh sur l’ensemble de l’année 2013. Un peu plus de 500 projets d’éolien terrestre étaient en file d’attente en fin d’année 2013, pour une puissance annoncée de près de 5 862 MW. » Source: Commissariat général au développement durable

Les chiffres sont sans doute impressionnants pour les non-initiés. C’est-à-dire la majorité des électeurs qui se prononcent sur des projets, dont ils ne connaissent ni les tenants et ni les aboutissants.

Malheureusement le grand public ne sait pas faire la différence entre un kWh, un MWh, un GWh et un TWh. Les promoteurs parlent volontiers de millions kWh, mais pour répondre à la demande d’électricité d’un pays comme la Suisse, il en faut des dizaines de milliards (de kWh), c’est-à-dire des TWh.

1 térawatt-heure (TWh) c’est 1 000 000 000  kWh, donc la production de 15,2 TWh tirée de l’éolienne équivaut au chiffre astronomique de : 15 200 000 000 kWh

« Plus qu’il n’en faut pour faire face à la demande de tout un pays ! », s’exclamera probablement le simple pékin.
Hélas, de loin pas!

Dans la réalité, on ne fait pas grand chose à l'échelle d'un pays avec l'énergie produite par les implantations industrielles d'éoliennes.

C’est comme si pour faire face aux demandes en ressources des nouvelles technologies, les marchands d'informatique proposaient encore aux usagers les disques durs de Windows 95 !

Par exemple, la part de l’éolien ( 1196 éoliennes) dans la consommation électrique française ne représentait que 3,1 % en 2013. La consommation totale d’électricité des usagers, toutes sources confondues, était donc de 490 TWh.
Si 1196 éoliennes servent à peine à couvrir 3,1 % de la demande on imagine très bien le nombre total d’éoliennes pour satisfaire à peine le 30 % de la demande (147 TWh), c’est environ dix fois plus : 11 960 éoliennes.

Et pour la Suisse ?

La consommation finale d’électricité en Suisse était de 59 323 GWh en 2013, donc 59,3 TWh. En reprenant le modèle français ( bien qu'en raison de ses littoraux marins la France est mieux lotie que la Suisse en gisements venteux), nous constatons qu’il faut 80 éoliennes pour produire 1 TWh.
Pour produire 20 TWh (le tiers de 59,3 TWh), il faudrait donc 1 600 éoliennes ou 160 parcs de 10 éoliennes.

Bien que cela semble faisable en augmentant la part de l’énergie hydraulique (en partant bien sûr de l’idée que le nucléaire sera abandonné définitivement), il n’en demeure pas moins que 1 600 éoliennes de 200 mètres de haut risquent d’avoir un impact non négligeable sur le paysage d’un petit pays comme la Suisse.

Un pays dont l’identité est étroitement liée à son patrimoine naturel.

Un tel acharnement à tapisser un territoire d’éoliennes n’a évidemment aucun sens.
Mais peu importe, le but des promoteurs n’est pas de faire du sentimentalisme ou d’expliquer les faits tels qu’ils sont. Leur seul objectif est de convaincre la majorité des votants de se lancer dans l’aventure. Car en fin de compte, vendre du vent est un marché extrêmement juteux. Pour s’en convaincre, il suffit de multiplier le nombre d’éoliennes nécessaires par 7 millions de francs suisses (ou plus).
Ce n’est donc pas une surprise que pour parvenir à leurs fins les promoteurs utilisent des méthodes de manipulation commerciale bien rodées, du type pied-dans-la-porte. « Il suffit de l’essayer (l’éolien) pour l’adopter ! »
Sans oublier un petit susucre au passage pour appâter le chaland.

Démantèlement des installations

Le cynisme des promoteurs les conduit même à évoquer le possible démantèlement des installations. C’est un argument de vente du style « satisfait ou remboursé » afin de montrer à quel point le client est roi.

Toutefois, ils parlent moins de leurs contrats, dont la durée est généralement de plusieurs décennies !

Sources :
Suisse-Eole, Association pour la promotion de l'énergie éolienne en Suisse : www.Suisse-eole.ch
Statistique suisse de l’électricité 2014, Office fédéral de l’énergie OFEN
Un vent de colère souffle sur les éoliennes du Lomont : Fabrice Colombani
Nant de Drance : www.nant-de-drance.ch/
Electricité solaire : des faits contre les idées reçues par Daniel Rufer, Dr sc. techn. EPFZ, MBA
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Publié dans Eoliennes

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